Chien ou chat qui se gratte : pourquoi, et quand consulter ?

Chien ou chat qui se gratte : pourquoi, et quand consulter ?

Par le Dr Hélène Cordas, vétérinaire titulaire du CES de dermatologie · Clinique vétérinaire ABC'Vet, Nîmes 

À retenir

  • Les puces sont la première piste à écarter, même en hiver et même si vous n'en voyez aucune.
  • Un grattage qui dure, réveille l'animal la nuit ou abîme sa peau justifie une consultation.
  • Les démangeaisons ont souvent plusieurs causes en même temps : le diagnostic se fait par étapes.

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Pourquoi mon chien ou mon chat se gratte-t-il ?

Dans la plupart des cas, un animal qui se gratte réagit à des parasites, à une allergie ou à une infection de la peau ou des oreilles. Les vétérinaires parlent de prurit, c'est-à-dire le besoin de se gratter. Souvent, plusieurs causes s'additionnent : une allergie fragilise la peau, des bactéries ou des levures en profitent, et le grattage entretient l'inflammation.

D'autres pistes existent, plus rares : une peau sèche en hiver, un épillet coincé entre les doigts au printemps, ou chez le chat, un léchage lié au stress. Le tableau ci-dessous aide à s'orienter. Il ne remplace pas l'examen.

  • Cause : Puces → Ce qui doit y faire penser : Grattage en bas du dos et à la base de la queue, petits grains noirs dans le pelage
  • Allergie aux piqûres de puces → Démangeaisons fortes dans la même zone, même quand on ne voit aucune puce
  • Dermatite atopique (allergie à l'environnement) → Pattes, ventre, aisselles, oreilles, tour des yeux ; premiers signes souvent avant 3 ans
  • Allergie alimentaire → Démangeaisons toute l'année, parfois avec des otites à répétition ou des selles molles
  • Gale et autres acariens → Démangeaisons intenses et soudaines, bords des oreilles, coudes ; parfois plusieurs animaux touchés
  • Otite → L'animal secoue la tête, se gratte les oreilles, odeur ou cérumen inhabituels
  • Infection de la peau (bactéries, levures) → Boutons, croûtes, odeur, peau grasse ou rouge, souvent en plus d'une autre cause

Comment savoir si mon animal se gratte trop ?

Un animal qui se gratte quelques fois par jour sans abîmer sa peau n'a en général rien d'inquiétant. Ce qui doit alerter, c'est un grattage qui revient sans cesse, qui le réveille la nuit ou qui laisse des traces : rougeurs, croûtes, poils cassés, zones dégarnies.

Le prurit ne prend pas toujours la forme d'un grattage. Un chien peut se lécher les pattes jusqu'à teinter ses poils en brun-roux , se mordiller les flancs, se frotter le museau sur le tapis ou traîner les fesses par terre. S'il secoue souvent la tête, regardez ses oreilles. L'otite fait partie des motifs de consultation les plus courants : une étude britannique portant sur plus de 22 000 chiens suivis en clinique en a relevé chez 7,3 % d'entre eux sur une seule année (O'Neill et al., 2021). Nous y consacrons un article : les otites du chien.

Chez le chat, tout est plus discret. Il se toilette à l'abri des regards, et beaucoup de propriétaires prennent un léchage excessif pour de la propreté. Des touffes de poils sur le canapé, des boules de poils plus fréquentes, un ventre qui se dégarnit ou de petites croûtes sous les doigts en le caressant doivent faire penser à des démangeaisons. À lire aussi : perte de poils chez le chat, mue normale ou signal d'alerte.

Les puces sont-elles toujours en cause ?

Pas toujours, mais c'est la première piste à écarter, y compris en hiver. Une puce femelle pond en moyenne une vingtaine d'œufs par jour selon l'ESCCAP France, l'association qui réunit les vétérinaires parasitologues, et ces œufs tombent dans la maison. Avec le chauffage, le cycle se poursuit tout l'hiver à l'intérieur. Dans le Gard, où l'arrière-saison reste douce, les puces sont présentes toute l’année surtout si le cycle se fait à l’intérieur.

Ne pas voir de puces ne prouve rien. Les adultes ne passent qu'une partie de leur temps sur l'animal, et un chien ou un chat allergique à leur salive peut se gratter des jours entiers après une seule piqûre. Le test le plus simple se fait à la maison : passez un peigne fin dans le pelage au-dessus d'une feuille de papier blanc humide. Si les petits grains noirs qui tombent laissent une auréole rougeâtre, ce sont des déjections de puces, c'est-à-dire du sang digéré.

Un traitement antiparasitaire régulier, sans interruption et pour tous les chiens et chats du foyer, reste la meilleure prévention. Le détail dans notre article : Puces en automne : pourquoi elles sont encore là.

Et si c'était une allergie ?

Quand les puces sont écartées et que les démangeaisons persistent, l'allergie devient la piste principale. Trois formes dominent chez le chien comme chez le chat.

L'allergie aux piqûres de puces, d'abord, que l'ESCCAP range parmi les maladies de peau les plus fréquentes chez le chien et le chat. Vient ensuite la dermatite atopique, une allergie aux éléments de l'environnement comme les pollens ou les acariens de la maison. Elle apparaît le plus souvent entre 4 mois et 3 ans et toucherait de 3 à 15 % des chiens selon les estimations (Drechsler et al., 2024). Les démangeaisons se concentrent sur les pattes, le ventre, les aisselles, les oreilles et le tour des yeux, parfois avec un rythme saisonnier. Reste l'allergie alimentaire, moins fréquente, qui gratte toute l'année et s'accompagne parfois d'otites à répétition ou de troubles digestifs.

Aucune prise de sang ne suffit à diagnostiquer une allergie alimentaire. Le diagnostic passe par un régime d'éviction : une alimentation strictement contrôlée pendant plusieurs semaines, puis la réintroduction de l'ancienne pour voir si les démangeaisons reviennent.

Une allergie se contrôle plus qu'elle ne se guérit. L'objectif est que l'animal retrouve un vrai confort au quotidien, avec un traitement ajusté et un suivi régulier. Pour aller plus loin : la dermatite atopique, une maladie à accompagner dans la durée et l'allergie alimentaire, quand la peau parle de l'assiette.

« Beaucoup de propriétaires arrivent en me disant qu'ils ont déjà tout essayé. Je leur explique qu'une démangeaison a rarement une seule cause. On avance par étapes : on soulage d'abord, puis on cherche ensemble ce qui la déclenche. »
Dr Hélène Cordas, vétérinaire titulaire du CES de dermatologie

Que faire à la maison, et que faut-il éviter ?

En attendant le rendez-vous, vous pouvez déjà rassembler des indices utiles. Faites le test du peigne, puis notez depuis quand votre animal se gratte, à quels endroits, à quel moment de la journée, et si d'autres animaux de la maison sont touchés. Une ou deux photos des zones abîmées aident beaucoup, surtout si leur aspect change d'un jour à l'autre.

Certains réflexes, en revanche, aggravent la situation ou brouillent le diagnostic :

  • donner un médicament ou appliquer une crème prévus pour l'humain : les doses et certaines substances ne conviennent pas aux animaux ;
  • traiter un chat avec un antiparasitaire pour chien : ceux qui contiennent de la perméthrine sont toxiques pour lui, comme le rappelle l'ANSES ;
  • appliquer des huiles essentielles, irritantes pour la peau et dangereuses pour les chats ;
  • changer d'alimentation au hasard, ce qui complique ensuite la recherche d'une allergie alimentaire ;
  • multiplier les bains avec un shampooing inapproprié donc sans produit adapté peut dessècher la peau.

Comment se passe une consultation pour des démangeaisons ?

Une consultation pour des démangeaisons commence par un long échange. Depuis quand, où, à quelle saison, ce que mange l'animal, les traitements déjà essayés : chaque détail oriente la recherche. Vient ensuite l'examen complet de la peau, du pelage et des oreilles, avec un otoscope, l'instrument qui permet de voir le fond du conduit auditif.

Plusieurs examens simples peuvent se faire pendant la consultation. Le raclage cutané recherche les acariens, comme ceux de la gale. La cytologie consiste à prélever un peu de matière à la surface de la peau ou dans l'oreille pour repérer bactéries et levures au microscope. Le trichogramme, lui, observe les poils. Ces examens sont rapides et peu désagréables pour l'animal.

Le diagnostic se construit souvent en plusieurs temps. On soulage l'animal, on les infections, puis on écarte les causes une à une. C'est ce qui demande parfois plusieurs rendez-vous, et un peu de patience.

Quand consulter ?

Prenez rendez-vous si votre animal :

  • se gratte, se lèche ou se mordille depuis plus de quelques jours ;
  • présente des rougeurs, des croûtes, des pellicules ou des zones sans poils ;
  • secoue la tête ou a les oreilles qui sentent fort ;
  • se gratte au point de se réveiller la nuit ;
  • souffre des mêmes démangeaisons chaque année à la même saison.

Appelez sans attendre si :

  • une plaie humide et rouge apparaît et s'étend en quelques heures ;
  • le visage ou les paupières gonflent brutalement, surtout si l'animal respire mal ;
  • il est abattu, a de la fièvre ou ne mange plus ;
  • il penche la tête, perd l'équilibre ou crie quand on touche son oreille.

Clinique vétérinaire ABC'Vet : 04 66 36 10 61, du lundi au vendredi. La nuit et le week-end, urgences au 09 70 24 70 24.

À la clinique vétérinaire ABC'Vet

À la clinique vétérinaire ABC'Vet, route de Sauve à Nîmes, le Dr Hélène Cordas, titulaire du CES de dermatologie vétérinaire, suit les chiens et les chats qui souffrent de démangeaisons. Les examens de base, raclage, cytologie et examen des oreilles, sont réalisés sur place pendant la consultation. Quand une allergie alimentaire est suspectée, le régime d'éviction est construit avec le Dr Cécile Dupouy, formée en nutrition.

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[FAQ] Vos questions

Est-il normal qu'un chien se gratte un peu chaque jour ?

Oui. Quelques grattages par jour font partie du comportement normal d'un chien, comme chez nous. Ce qui doit alerter, c'est la fréquence et les traces laissées : un animal qui s'interrompt sans arrêt pour se gratter, qui se réveille la nuit, ou dont la peau rougit, perd ses poils ou se couvre de croûtes.

Un chat qui ne sort jamais peut-il avoir des puces ?

Oui. Des puces ou leurs œufs entrent facilement dans la maison, sur vos vêtements, avec un autre animal ou lors d'un déménagement. Une fois installées, elles se reproduisent toute l'année grâce au chauffage. Un chat d'intérieur qui se gratte doit donc lui aussi être vérifié, et protégé si besoin.

Peut-on donner un antihistaminique ou mettre une crème pour humain à son chien ?

Pas sans l'avis d'un vétérinaire. Un antihistaminique pour humain n'a pas la bonne dose et soulage souvent peu les chiens allergiques. Les crèmes pour les mains ou le corps contiennent des parfums et des composants qui ne sont pas faits pour l'animal, et il finit par les lécher. Quant aux pommades grasses de pharmacie qu'on utilise pour les petites irritations, elles gardent la chaleur et l'humidité sur une plaque rouge, ce qui favorise les infections. Mieux vaut laisser la zone propre et sèche jusqu'au rendez-vous.

Un shampooing suffit-il à calmer les démangeaisons ?

Un shampooing adapté, conseillé par le vétérinaire, peut apaiser la peau et faire partie du traitement. Il ne règle pas la cause pour autant. Les shampooings pour humains ne sont pas formulés pour la peau du chien ou du chat et risquent de l'irriter davantage.

Les démangeaisons de mon animal peuvent-elles se transmettre à ma famille ?

Certaines causes, oui. Les puces piquent volontiers les humains, et certaines gales ou teignes (une infection due à un champignon) se transmettent. Les allergies, elles, ne sont pas contagieuses. Si vous avez vous-même des boutons qui démangent, signalez-le au vétérinaire et parlez-en à votre médecin.

Cet article ne remplace pas une consultation.
Image d'illustration générée par IA.